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Reviews

dimanche, mai 27 2007

A scanner darkly de Richard Linklater - 2006

A scanner darkly est la parfaite illustration (c'est le cas de le dire) du roman de Philp K. Dick. En plus de lui être fidèle, le film de Richard Linklater restitue l'ambiance flippé et parano du livre, et c'est là la réussite du film. L'ouverture du film évite tout malentendu, l'univers de Dick est respecté, et prend tout son sens dans le contexte actuel.

La technique utilisé pour le film (que Linklater avait déjà utilisé: dessiné les plans à partir des prises de vue réels) n'est pas franchement gênante. On peut même se demander ce qu'elle apporte réellement, si ce n'est de la facilité pour représenté à l'écran le complet brouillé. Les comédiens, effacés derrière le dessin se dépassent par la gestuelle et la voix, surtout Robert Downey Jr. et Woody Harrelson qui se livrent à l'exercice avec brio.

Faussement révolutionnaire avec son système de faux dessin-animé, A scanner darkly ravira les fans du roman, et laissera peut-être ceux qui ne l'ont pas lu l'occasion de le découvrir pour vivre une expérience plus éprouvante que la vision du film.

jeudi, mai 10 2007

T-men d'Anthony Mann - 1947

T-men, qui fait partie des quelques séries B tournés par Anthony Mann est en quelque sorte précurseur. Il traite d'un sujet à la mode actuellement: l'infiltration. C'est donc le digne ancêtre des Infernal Affairs et autres Miami Vice. Le sujet et son traitement par Mann s'avère complètement passionnant, et révèle un savoir faire (il a quand même déjà 12 films à son actif) qui prendra toute son ampleur tout au long de sa carrière.

Les T-men, ce sont les hommes du Trésor à la poursuite des faux-monnayeurs. Le récit est aussi prenant qu'un reportage, même si cet effet est parfois redondant. Ainsi, le début évoque clairement la télévision, où un homme explique face caméra la situation. De même l'excellente voix-off qui apporte son lot d'informations devient inutile en paraphrasant ce que l'on voit ou devine facilement.

T-men (La brigade du suicide en français puisque le titre original n'a pas d'équivalence)n'est certainement pas un film noir fondamental, mais se trouve être suffisamment passionnant pour le regarder avec le plus vif intérêt.

mardi, mai 8 2007

Pat Garrett & Billy the Kid de Sam Peckinpah - 1973

La fin des mythes

C'est plein de nostalgie que Sam Peckinpah a dû abordé Pat Garrett & Billy the Kid. Il s'agit de son dernier western et sans aucun doute de son plus crépusculaire. A ce titre, les images de soleil couchant se multiplient pour le plus bel effet artistique et faisant partie intégrante de l'histoire qui nous est racontée. « Bloody Sam » nous raconte la légende de Billy the Kid plein d'amertumes, montrant la fin d'une époque, celle des desperados libres, écrasée par une nouvelle, celle des grands propriétaires. Peut-être est-ce en partie sa propre histoire avec le cinéma qu'il nous raconte!

Pour les rôles titres, deux gueules d'anges ambigus partagent l'écran, le confirmé James Coburn dont on ne sait jamais ce que pense son personnage, et Kris Kristofferson pour incarner l'emblématique Billy the Kid, avide de liberté. A ces deux rôles s'ajoutent l'énigmatique Bob Dylan, qui berce également le récit de sa guitare, ajoutant ainsi beaucoup d'émotion au film. Peckinpah signe ici une de ses meilleurs réalisation, il a abandonné son gimmick visuel qui a tendance a être plombant: le ralenti. A noter un superbe montage, notamment dans l'habile ouverture, où trente ans sépare deux scènes. Et à Peckinpah de nous montrer les enjeux qui se sont déroulés pendant une partie de cette période.

samedi, avril 28 2007

Les tueurs de Robert Siodmak - 1946

Les tueurs entre directement dans le panthéon des films noirs. On peut même se demander si le terme ne fut pas inventer pour ce film tant il représente la quintessence du genre de la première à la dernière scène. Cette première scène, où deux gangsters de la ville débarque dans un snack d'une petite ville rappelle instantanément le tableau d'Edward Hopper, Nighthawks. Il n'y a pas de hasard puisque les deux oeuvres sont inspirés de la nouvelle de Hemingway.

Après cette mise en bouche d'une grande qualité, la narration prend forme. L'histoire nous est alors raconté en flash-back grâce à un subtil montage. Bien que le personnage qui enquête ne soit pas un policier (c'est un assureur!), le film de Siodmak n'en est pas moins un film policier. Autre réussite du film, qui entre parfaitement dans le code du film noir, provient de l'éclairage des scènes. Jouant à merveille avec la lumière, les origines de Siodmak (il a commencé sa carrière en Allemagne en plein expressionnisme) transpirent l'écran!

Au centre du récit, le personnage malheureux sur qui on enquête est incarné par un Burt Lancaster dont c'est le premier film. Même si sa prestation peut paraître un peu bancale (quoi de plus normal pour un débutant?), son charisme et sa force convainque qu'il a toute sa place dans ce film! Enfin, Les tueurs ne serait pas un authentique chef d'oeuvre sans l'incarnation parfaite de la femme fatale par Ava Gardner. Sa première apparition laisse bouche-bée. Tout comme on s'interroge si le terme film noir n'a pas été inventé pour le film, on se demande si le terme femme fatale n'a pas été inventé pour ce rôle (il n'en est rien, bien sûr, mais c'est pour signaler qu'il s'agit sans doute du film noir le plus film noir du genre!).

dimanche, avril 1 2007

Phone game de Joel Schumacher - 2002

L'idée de Phone game sur le papier est plus que séduisante: un homme dans une cabine téléphonique est pris pour cible par un sniper. A la fois original et palpitant, le « pitch » laisse présager un bon film. Ecrit par Larry Cohen (qui a réalisé quelques films de pure exploitation dans les années 70), le film perd malheureusement vite de l'ambition.

En thème de réalisation, Joel Schumacher s'en tire bien (c'est son meilleur travail, quoique influencé par 24) compte tenu des contraintes: un huis-clos en pleine rue. Le film permet surtout de mettre Colin Farrell en valeur, il est la pièce maîtresse du film, le réel moteur. A côté, Forest Whitaker fait de la figuration, il est décevant de le vir dans un rôle de simple faire-valoir. Enfin, dans le rôle purement sonore du tueur, Kiefer Sutherland, dont on reconnaît immédiatement la voix, ne semble pas vraiment investit, et agace rapidement.

Tout ceci serait largement satisfaisant si le récit n'était pas plombé d'une morale d'un autre siècle (le vilain monsieur veut tromper sa femme)! Ce côté moralisateur (qui plus est sans aucune finesse) est tristement récurrent dans l'oeuvre de Schumacher, et détruit tout le potentiel du film. Ce qui fait de Phone game un bon thriller, mais un mauvais film!

samedi, février 24 2007

Miami vice de Michael Mann (2006)

Orages sur le polar

Miami vice est un film ambitieux, prolongeant la splendeur visuelle de Collateral tout en poussant son histoire à son maximum. Les personnages y sont d'une forte fragilité, la frontière avec les criminels est mince. Michael Mann rend à merveille ce sentiment, en étouffant son action dans un contexte pesant. Occultant les enjeux politiques du trafic de drogue, l'auteur se concentre sur un microcosme de ce commerce international, pour mieux soulever le danger de la mission des deux policiers. La violence y est sèche et moderne, notamment dans l'impressionnant affrontement final.

En plus du grand développement de ses personnages, Mann s'affirme comme un immense technicien et metteur en scène. Ses tours de force graphiques ne sont jamais gratuits, il sert constamment son histoire, ce qui fait de Miami vice un grand film de plus au compteur de Mann. Grandement documenté comme à son habitude pour être à l'aise avec son sujet, Mann brouille la frontière entre la fiction et le documentaire avec ses caméras haute définition. Le procédé est particulièrement saisissant dans les scènes de nuit, où la beauté nocturne résume tout simplement le film: elle est aussi belle que dangereuse.

dimanche, février 18 2007

Kafka de Steven Soderbergh (1991)

Dans le film de Soderbergh, le célèbre auteur est noyé dans son propre univers. La démarche est originale (la même année, Le festin nu de David Cronenberg propose la même idée, et sans l'avoir vu, il semblerait que ce soit aussi le cas du Hammet de Wim Wenders réalisé en 1982 ). Même sans avoir lu l'oeuvre de Franz Kafka, son univers reste parfaitement identifiable. Ainsi, aucun spectateur ne sera largué et jouira totalement du film. Alors qu'il écrit La métamorphose, la mort d'un de ses amis ouvre les yeux à Kafka. Le système dont il fait parti est inquiétant, entre ses terroristes sans preuves et une administration fantôme. Pour éclaircir cette part d'ombre, l'enquête de Kafka va le mener dans un terrain dangereux...Le résumé parfait du film serait de dire qu'il illustre à merveille le mot « kafkaïen ».

Hélas, à l'écran le film déçoit. Soderbergh ne rend pas justice au magnifique scénario par une mise en scène plate (ponctués toutefois de quelques coups de génie) qui manque incroyablement de souffle. Kafka souffre de la comparaison avec Le festin nu dans le même genre, ou Le procès d'Orson Welles pour rester du côté de l'écrivain. Quant à Jeremy Irons sauve le film du désastre par une interprétation tout en finesse dont il a le secret. Sans doute que Soderbergh aurait dû attendre d'acquérir plus d'expérience (c'est seulement son second film) avant de s'attaquer à ce projet ambitieux.

samedi, février 10 2007

L'île nue de Kaneto Shindo - 1960

C'est un univers plein de désespoir que décrit Kaneto Shindo dans L'île nue. Les conditions de vie de cette famille qui cultive une terre aride sur une île isolée sont rudes. L'auteur nous les fait partager, voire même vivre, dans une description lancinante. La montée des seaux d'eau dans les côtes sont de grands moments de tension, presque Un salaire de la peur quotidien, où chaque faux pas réduit tant d'efforts. Quand le fameux faux pas se produit, c'est la condition de la femme qui est étudiée. Et dès cet instant, elle devient l'élément principal du film, jusqu'au beau final, où sa réaction humaine en touchera plus d'un.

L'expérience est unique et difficile (on voit des gens souffrir). Sans paroles et dans un rythme lent et avec des répétitions (qui sont justifiées, mais ne sont-elles pas trop nombreuses?), le film rebutera. Mais par la force des choses (une splendide image et un « récit » atypique), le spectateur passera outre de ces quelques « difficultés » pour saisir la beauté de cette oeuvre.

dimanche, janvier 21 2007

Guerre des gangs à Okinawa de Kinji Fukasaku - 1971

Derrière ses aspects de film classique de yakuzas se cache en fait un film fort et original. Le plus frappant dans Guerre des gangs à Okinawa est le charisme dégagé par le personnage principal, Gunji, ancien chef de clan, maintenant inexistant, qui sort d'une longue peine de prison. D'apparence, le personnage plaît d'emblée, avec ses costumes soignés, et surtout le port de lunettes noires lui ajoutant du mystère. C'est aussi un chef fort, qui prend soin de ses hommes (on comprend bien pourquoi ses hommes reviennent si facilement). Gunji est le pilier du film.

La mise en scène est excellente et innovante. Les nombreux arrêts sur image avec la voix-off annoncent par exemple Les affranchis. L'efficacité de la réalisation surprend rapidement. Kinji Fukasaku a ajouté à son film un soupçon de critique politique. En basant l'action à Okinawa au moment où les troupes américaines quittent le territoire, il nous fait comprendre que « l'invasion » yankee a amené le chaos. Pour conclure son film le plus efficacement possible, le réalisateur revient au cinéma de genre dans un affrontement sublime et désespéré. Pour qui ne connaît pas le cinéma de Fukasaku, Guerre des gangs à Okinawa risque d'être une excellente surprise!

lundi, janvier 15 2007

PTU de Johnnie To - 2003

C'est le milieu de la nuit que décrit brillamment Johnnie To dans PTU, où un flic, aidé de quelques collègues (d'une brigade se rapprochant de notre BAC), va essayer de retrouver son arme stupidement perdue. L'exercice est bien fait: la nuit tout est possible, même le plus ridicule (puisque la fin révélera le grotesque de la situation). C'est dans cette superbe nuit (magnifique éclairage) que flics et voyous se confondent, où les barrières cessent d'exister.

Dans un Hong-Kong surréaliste: vide, avec des bruits d'ambiance du plus grand effet (l'exemple le plus frappant est le vrombissement de voiture), le théâtre nocturne est captivant. To saupoudre son film d'un zeste d'humour (l'hilarante introduction, jeu de chaises musicales trompeuses), PTU n'est pas un film d'action (à part une fusillade finale), mais n'en reste pas moins tendu. L'auteur a filmé la nuit telle qu'elle est: avec respect et crainte!

lundi, janvier 1 2007

Les infiltrés (The departed) de Martin Scorsese - 2006

Le dernier film de Martin Scorsese est un polar nerveux, mélange du style d'un auteur et de celui d'un studio. Au premier abord, The departed semble bien impersonnel au réalisateur italo-américain. Mais quelques traces bien a lui refont surface, les Rolling Stones, les personnages corrompus et la violence du film renvoient timidement à ses brillants débuts.

Si l'on peut être déçu par cette perte de repères de la part de Scorsese, on est vite happé par un récit et un rythme sec et nerveux. En tant que film d'action, The departed remplit correctement son rôle et tient vivement en haleine. Ce grâce au savoir faire du réalisateur et de ses fidèles collaborateurs (Ballhaus à la photo et l'inégalable Schoonmaker au montage). Son excellent casting nous offre de sacrés moments, entre un Di Caprio tout en tension, un Wahlberg jubilatoire et un Nicholson en roue libre (ce qui pourra énerver ou fasciner).

The departed est peut-être un Scorsese mineur (à l'instar de La couleur de l'argent par exemple), mais toutefois un grand film. L'auteur, bien loin de ses meilleurs opus, s'en tire avec brio avec ce film de studio et honore ainsi parfaitement sa commande. Une sorte de film de transition où il a voulu s'amuser, un au revoir au gros film, s'il tient sa promesse. Et surtout un grand moment de tension sur pellicule!

dimanche, décembre 24 2006

Kingdom of heaven de Ridley Scott - 2005

Director's cut

Kingdom of heaven est un film très impressionnant et dense, que ce soit pour sa dimension épique, le traitement des personnages ou sa résonance à l'actualité.

Baigné dans une superbe photographie, la caméra de Scott est de l'or. Chaque plan est beau à pleurer, avec en plus une musique d'une grande qualité. La simple plastique du film mérite la vision. Mais l'oeuvre est loin d'être un simple tableau animé. C'est un scénario dense et sublime sur l'héroïsme et le respect mutuel dans un environnement instable, avec une belle brochette de personnages, incarnés par de merveilleux acteurs pour la plupart: le plus impressionnant étant Ghassan Massoud (Saladin), sans doute parce qu'il est le moins connu, dont le charisme envahit l'écran à chaque fois ou encore le subtil Edward Norton derrière un masque!

Kingdom of heaven est heureusement intelligent, chose inévitable pour le sujet. Le parallèle entre l'époque décrite et l'actuelle est frappante, et c'est avec amertume que l'on constate que le respect s'est perdu, et que l'extrémisme s'est répandu. Ridley Scott avait prévu pour l'ouverture de filmer le Jérusalem d'aujourd'hui, où deux correspondants de guerre étaient bloqués dans une chapelle alors qu'une bataille avait lieu à l'extérieur (« c'était une façon de signifier que les choses ne s'étaient pas arrangés »). Grand bien lui a pris d'abandonner cette idée, évitant ainsi de plomber son film.

Le réalisateur nous offre aussi des batailles énormes, avec des effets spéciaux discrets, où l'on reste carrément bouche bée! Cet alliage entre les moments d'héroïsme, les drames intimistes qui touchent chacun des héros et le raffinement du scénario font de Kingdom of heaven un film précieux, un coup de génie de la part de Scott, bienvenu dans un Hollywood qui nous offre que trop rarement ce genre de divertissement cérébral!

The wicker man de Robin Hardy - 1973

The wicker man est la troisième pièce d'une oeuvre appartenant à Anthony Shaffer, après Frenzy (Hitchcock) et Sleuth (Mankiewicz). Adapté de son propre roman, et mis en image par un inconnu (Robin Hardy – dont seul cette oeuvre reste connue), le film suit la logique de son auteur, ce qui est incroyablement jouissif, avec son scénario malin, qui prend un plaisir malin à jouer avec le personnage principal comme avec le spectateur. Hélas, après deux grands maîtres du cinéma, la réalisation paraît ici fade.

Si le récit dans son ensemble fait preuve d'une grande maîtrise, le scénario fait toutefois part à quelques faiblesses. L'exemple le plus frappant est le policier, qui est une caricature, avec les lourdeurs que cela engendre. Qui plus est le personnage n'est pas aidé à l'écran avec le quasi inexpressif Edward Woodward.

L'autre grand personnage du film, Lord Summerisle, est bien plus intéressant, figure inquiétante et fascinante d'un mode de vie hédoniste (c'est d'ailleurs le fossé – deux extrêmes - entre les deux hommes qui plombent le film). L'interprétation est bonne, mais on espérait peut-être plus de folie de la part de Christopher Lee (dans son rôle préféré paraît-il).

Autre élément perturbateur du métrage: les trop nombreuses chansons, aux paroles parfois risibles, faisant passer le film pour une mauvaise comédie musicale. Malgré tout ceci, le film est sauvé du seul fait de Shaffer et de sa conception unique de cette histoire.

La splendeur des Amberson d'Orson Welles - 1942

Après son révolutionnaire Citizen Kane, le second film d'Orson Welles fait forcément pâle figure en comparaison, pourtant, La splendeur des Amberson est un autre grand film du maître. Si la mise en scène est ici moins impressionnante, le génie visuel de Welles transpire quand même l'écran. Sa mise en scène reste toujours moderne, et quand la caméra ne se déplace pas de manière spectaculaire, il donne l'effet d'un plan d'un séquence avec une caméra fixe, juste dans l'organisation des mouvements. Son expérience théâtrale ne s'est pas perdue derrière la caméra!

L'histoire est aussi intéressante et aboutie que celle de Citizen Kane. Car en plus d'être un metteur en scène hors pair, l'auteur avait un grand sens du récit. Bien qu'adapté d'un roman, il semble évident que Welles a traité le sujet à sa manière. Le film tourne autour de la riche famille des Amberson et le petit monde qui tourne autour (les gens, mais aussi la ville, qui au fil des années se transformeront). Le récit se centre surtout sur le petit fils, un petit garçon hautain et méprisable, que le réalisateur saura rendre attachant et vulnérable.

La splendeur des Amberson décrit une famille aisée, toutefois, cette saga est universelle, rendant le film plus agréable encore. Ce film démontre tout le talent de Welles, le plus grand raconteur d'histoire à ce jour encore!

Zatoichi: le masseur aveugle de Kenji Misumi - 1962

Zatoichi est inspiré d'un personnage d'une nouvelle. De ce petit bout d'histoire (un yakuza aveugle) est né un film, avec un incroyable scénario original. Tout repose sur le personnage et donc son interprète: l'excellent Shinatarô Katsu.

Zatoichi, monstre sacré du cinéma japonais, voyageur apparemment sans but, étonne par sa modestie et par ses valeurs, dans un monde quasiment en chaos (deux clans se déchirent). A l'issue de l'affrontement fatal, les « yeux » de Zatoichi ne voient pas de vainqueurs, mais que des perdants...

Si le scénario est très bien écrit, il surprend dans sa manière de faire languir l'action, ne faisant du Masseur aveugle un banal chambara, reposant uniquement sur les combats. Avec une mise en scène inspirée, Kenji Misumi (de nombreux épisodes de Zatoichi au compteur) impose sa griffe, qui, encore une fois, fait que ce film surpasse le simple film d'exploitation. A cela s'ajoute une sublime photographie, dans un noir et blanc qui joue somptueusement avec la lumière.

Faisant en plus preuve d'humour, le film réunit tous les ingrédients sans être indigeste. Misumi et Katsu excellent à tous points de vue, faisant du Masseur Aveugle un film incontournable.

samedi, novembre 25 2006

Le 49ème parallèle de Michael Powell - 1941

Le 49ème parallèle, fruit de la collaboration mythique entre Michael Powell et Emeric Pressburger (l’un à la réalisation, l’autre à l’écriture ici), a été fait pour soutenir l’effort de guerre. Bien que ce soit un film de propagande, il ne comporte aucun défaut de ce genre de film. Le récit se fait tout en nuance avec une intelligence bienvenue. Le point de vue adopté est audacieux, la narration suit des nazis prêts à conquérir l’Amérique et la course poursuite qui s’en suit.

Le récit, tel un road-movie (d’est en ouest en passant par les grands espaces), ne cesse de surprendre. Au début quelque peu amusant avec un Laurence Olivier jubilatoire en canadien français avec ses « nom de dieu ! », Powell prend la suite plus au sérieux, en dénonçant les dangers du nazisme et l’intolérance qui en découle. Mais le réalisateur sait aussi montrer un autre visage, moins manichéen, avec cet allemand, plus soldat que nazi, qui dans une longue et belle partie utopiste, se révèle être un humain touchant.

Le 49ème parallèle est vraiment étonnant, par sa maîtrise, son intelligence du récit et par la manière dont les auteurs arrivent à faire passer leur message. La conclusion marque la volonté de Powell à travers ce film : montrer aux Etats-Unis d’Amérique la nécessité de combattre l’Allemagne nazie, mais le film sortit outre-atlantique en temps de guerre.

vendredi, novembre 24 2006

Babel d'Alejandro González Iñárritu - 2006

Babel, en tant que troisième et dernier acte de la trilogie sur les destins croisés d’Alejandro González Iñárritu, n’innove en rien et reprend le schéma des deux autres films : des personnages qui n’ont a priori rien à voir, ont en fait malgré eux un point commun. De la photographie à la musique en passant par le montage décousu, rien ne diffère, rien ne change. Le concept est juste ici plus ambitieux, se déroulant sur trois continents. Babel ne départagera pas ceux qui aimaient ou détestaient déjà Iñárritu, chacun campera sur ses positions.

Ce n’est pas parce que le film manque profondément d’originalité qu’il est inintéressant. L’auteur mexicain, qui reste le cinéaste de la douleur, ajoute une corde à son arc en se penchant sur les problèmes de communication comme son titre le laisse aisément deviner. Mais ce titre est trompeur, la barrière n’est pas la langue, mais d’autres impasses dont la plus nocive reste le choc des cultures avec ses préjugés terribles de conséquences. Le monde est comme celui de Chieko, sourd et muet, que ce soit au sein d’un couple, entre un père et sa fille ou entres nations.

Sa tentative de faire un « film monde » est une franche réussite. Il filme le Maroc, le Japon et le Mexique avec un œil de photographe avisé. Iñárritu fait de nouveau un beau film, en espérant que le prochain, sur de nouvelles bases, le soit tout autant.

L'étrange incident de William A. Wellman - 1943

L’étrange incident pourrait être pris pour un western, mais en fait, il relève plus du drame psychologique. Très tôt dans le film (dès la première minute en fait), l’ambiance de la ville décrite dans le film est malsaine. Là où le bétail se vole régulièrement, un homme est assassiné…S’ensuit une échauffée pour organiser une battue, dans le triste but d’un lynchage. De nos jours, le film paraît classique, voire prévisible, mais pourtant le suspens reste insoutenable. A la fin, par la lecture d’une lettre, l’émotion est à son apogée et le film se clôt avec un nœud dans le ventre.

De par son thème fort, la justice expéditive, toujours d’actualité dans le cinéma américain (Mystic river est l’héritier direct du film de Wellman) et grâce à la justesse du ton, L’étrange incident est une œuvre précieuse, et l’un des films majeurs du cinéma américain des 40’s (cinéma alors très riche). Seule fausse note, le personnage du soldat est trop caricatural, d’autant plus qu’il est surjoué. Henry Fonda est bouleversant dans son personnage tiraillé par sa conscience (l’émotion dégagé par la lecture de la fameuse lettre lui incombe beaucoup). Quant à Dana Andrews, il est tout aussi touchant, et trouve là sans doute son meilleur rôle.

In this world de Michael Winterbottom - 2002

A l’heure des grands débats sur la question de l’immigration (avec ses raisonnements malheureusement simples pour un problème complexe), il est intéressant de voir In this world, qui nous permet de découvrir l’autre visage, celui des immigrés. Celui de Jamal, un jeune orphelin afghan qui a fui les bombes en se réfugiant au Pakistan. Condamné par un destin morose (travail pénible pour un salaire de misère, conditions de vie minables), lui et son cousin décident de partir à Londres...

L’odyssée sera longue, douloureuse, où des passeurs inconnus jouent avec le destin de pauvres gens. Le réalisateur ne s’attarde pas vraiment sur les raisons de cet exil, mais plus sur la difficulté rencontrée par nos deux héros parmi des millions d’autres. L’objet de cinéma en lui-même est passable, avec une musique trop apitoyante, et quelques tics agaçants (la nuit), mais la force et l’émotion qui se dégage par cet élan de vérité fait de ce film une œuvre essentiel qu’il serait bon de montrer autour de soi, pour aider à comprendre un peu mieux le monde d’aujourd’hui.

mardi, août 15 2006

Kapo de Gillo Pontecorvo - 1959

Avant de s’attaquer à la fiction, la vocation première de Gillo Pontecorvo était le documentaire. Cette veine ne le quittera pas durant la réalisation de Kapo. La description des camps, de la torture quotidienne est aussi minutieuse qu’insoutenable. Les acteurs comme les figurants semblent réellement marqués par la faim et le désespoir.

Le personnage principal, Edith, renommée Nicole grâce à un médecin qui va la sauver de la chambre à gaz, est l’élément dérangeant du film. C’est la face sombre de l’humanité, plus encore peut-être que les SS. Comme le titre le laisse amèrement deviner, pour plus de confort au sein du camp de travail, elle va devenir une kapo terrible, oubliant d’où elle venait.

Quand des prisonniers rejoignent le camp de travail, Pontecorvo, poussé par son scénariste Franco Solinas, ajoute au récit une histoire d’amour entre Edith et un prisonnier russe. C’est certes tomber dans la facilité, mais cela dénote bien la fragilité et l’instabilité d’Edith. Seul le final qui en découle trahit la force dérangeante du film.

Outre son final, Pontecorvo signe un film puissamment sombre, avec la précision d’un documentaire. Susan Strasberg (fille de Lee) notamment dans le début, est stupéfiante dans le rôle d’une jeune fille dont la guerre a brisé l’innocence et les rêves. Epaulée par l’éclatant Laurent Terzieff et la fragile Emmanuelle Riva, Kapo ne souffre pas de son casting. Il faudrait être fou pour ne retenir du film qu’un court plan…

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